Le traditionnel pèlerinage annuel des gens du voyage aura lieu le samedi 5 et dimanche 6 octobre à Notre-Dame de Livron. Invités par l’aumônerie diocésaine, Marie-Anne et Retcha Robin, chanteurs compositeurs manouches, animeront une veillée de musique et de partage ouverte à tous.Vous animez prochainement une veillée à Notre-Dame de Livron. Comment avez-vous été invités ?C’est Dominique Mundutéguy, qui fait partie de l’aumônerie des gens du voyage de votre diocèse, qui nous a contactés. Il avait assisté à un de nos spectacles à Toulouse, il y a quelques années, et de nouveau, cet été, quand nous nous sommes produits au Mont Saint-Michel. Il était très enthousiaste et a souhaité notre présence pour le pèlerinage des voyageurs de Tarn-et-Garonne.Avant d’expliquer ce que vous proposez au cours de ces soirées, pouvez-vous nous dire qui vous êtes ? Nous sommes des voyageurs du Centre de la France, mariés depuis 37 ans, nous avons quatre enfants et neuf petits-enfants. Nous avons d’abord travaillé dans la ferraille puis comme forains mais depuis 2010, nous nous consacrons à la musique. Nous participons à des rassemblements de la communauté, des pèlerinages et des congrès. Retcha est manouche et musicien, ce qui va souvent de pair, tant la musique fait partie intégrante de cette culture. Dans sa jeunesse, il a eu la grande chance d’apprendre à jouer de la guitare avec Django Reinhard, son cousin ! Un jour, un Frère des campagnes en visite dans le camp l’a entendu et l’a encouragé à aller plus loin, à composer. Ce qu’il a fait, d’abord sur des thèmes assez légers et au fil du temps de plus en plus graves, profonds comme l’Holocauste subi par les gens du voyage par exemple.La musique est donc plus qu’une expression artistique ?Pour les voyageurs, c’est évident. Elle véhicule tout, l’amour, la mort, la vie, l’histoire, la foi… Il ne faut pas oublier que la culture des gens du voyage est orale et pour eux tout passe par le chant. C’est notre façon de nous souvenir et de transmettre. Un de nos fils, Pablo, est musicien professionnel dans le groupe de jazz manouche Am Ketenes, deux mots qui signifient « Tous ensemble » en langue tzigane. A son tour, il perpétue la tradition dans ce même esprit.
Cette dimension de transmission et de témoignage se retrouve dans vos spectacles ?
Absolument. Même si c’est la musique et le chant qui nous réunissent, nous faisons toujours une place au dialogue au cours de petits intermèdes interactifs. Si ce sont des voyageurs, nous les faisons participer, nous leur laissons la parole sur des thèmes qu’ils ont envie d’aborder. Ensemble, nous évoquons notre culture, notre mode de vie, notre histoire parfois douloureuse. Une sorte de travail de mémoire. Mais c’est important aussi que des personnes extérieures soient présentes.Les non voyageurs sont aussi invités à prendre la parole ?Bien sûr et c’est une chance car nous n’avons pas si souvent l’occasion de pouvoir dialoguer et nous rencontrer. Avec ces spectacles, nous désirons également ouvrir un espace de paroles, dire qui nous sommes. Il y a encore tellement d’idées reçues et de méfiance vis-à-vis des voyageurs !C’est quelque chose que vous ressentez encore aujourd’hui ?Je me demande même si des barrières ne sont pas en train de se renforcer. Du fait de la situation sociale en France, des problèmes économiques, du chômage, les gens vont mal et ont tendance parfois à chercher des boucs émissaires. On constate que beaucoup regardent avec méfiance les gens du voyage. On stigmatise, on montre du doigt ces populations parce qu’elles vivent différemment et qu’elles donnent l’impression d’être libres, insouciantes. Ce qui est faux bien sûr.
Les voyageurs ont une histoire, une culture, un mode de vie différents, spécifiques. Mais ils rencontrent également des soucis, des peines. Il faut donc lutter contre les idées reçues et c’est ce que nous tentons de faire, même modestement, en invitant au dialogue le temps d’une soirée.Vous invitez donc largement les catholiques du diocèse à venir à Notre-Dame de Livron le samedi 5 octobre ?Nous et l’aumônerie diocésaine bien évidemment. La soirée sera vraiment riche si, aux côtés des voyageurs, se trouvent des personnes extérieures à cette population mais désireuses de les connaître, de les entendre et de partager avec eux un moment de foi et d’humanité tout simplement.Propos recueillis par S. Bégasse
Sanctuaire "N-D de Livron" - 82160 Caylus – Tél 05 63 67 05 94 - E-mail: cspalaulivron@wanadoo.fr - Carmélites Missionnaires - France
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