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HALTE SPIRITUELLE

8 JANVIER 2018:

"Loi, Justice et Sainteté"

Mgr Bernard GINOUX

29 nov. 2013

Retraite Avent 2013 avec Elisabeth de la Trinité.1ère semaine : désirer le Ciel sur la terre

1.     La méditation de la semaine : « Le temps du long désir »
Oraison liturgique :
Donne à tes fidèles, Dieu tout-puissant, d'aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur, pour qu'ils soient appelés, lors du jugement, à entrer en possession du royaume des cieux.

            C'est par cette prière que l’Eglise entre en Avent. La formule est dense mais l’esprit de l’Avent, au moins celui du début de l’Avent, s’y trouve comme concentré. Les textes de l’Ecriture et d’Elisabeth de la Trinité que nous allons parcourir et méditer permettront de donner davantage de mots et d’images pour faire nôtre cette prière et commencer ainsi cette retraite de l’Avent !

1ère piste : Bien s’orienter

            L’Avent n’est pas en effet d’abord la préparation de Noël mais plutôt celle de la venue en gloire du Seigneur, « l’avènement du Fils de l’homme » comme en parle Jésus dans l’évangile, « la fin des temps » comme on peut le dire. La prière liturgique ci-dessus nous oriente vers ce mystère en évoquant « le jugement » et le fait d’entrer dans « le Royaume des Cieux ». Pour commencer cette retraite d’Avent, nous pouvons ainsi considérer notre vie en percevant sa fragilité et son caractère limité mais surtout son caractère « orienté » : notre vie nous conduit en effet à la rencontre du mystère de Dieu qui fera toute chose nouvelle. Voilà l’Orient de notre vie ! Cela peut redonner sens – au double sens du terme – à notre vie actuelle et nous aider peut-être à évaluer certaines de nos activités, certains de nos rythmes, certaines de nos priorités. Première piste possible dans cette première étape de l’Avent… Le Seigneur nous invite à renouveler notre foi dans le mystère de sa venue, à nous y préparer. « Quel est notre ‘désir du ciel’ ? » peut-on nous demander. « Le peuple [d’Israël] était en attente » dit l’Ecriture au moment de la venue de Jésus (Lc 3,15) : qu’en est-il pour nous ? Qu’attendons-nous ? « Notre fierté c'est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu » affirme saint Paul (Rm 5,2). Et la nôtre ? Elisabeth pourra nous stimuler sur ce chemin du désir de Dieu.

            Mais, paradoxalement, l’Avent vit déjà de ce vers quoi il nous conduit. Le Verbe s’est fait chair : c'est la foi de Noël mais cela habite déjà notre Avent. Il est déjà là ! Le Ciel à désirer est à accueillir dans notre vie, c'est « le déjà-là » et le « pas encore » au cœur de notre foi, sorte de moteur de notre vie spirituelle. Elisabeth de la Trinité a vécu cette « obsession du Ciel » dans ces deux directions. Elle écrit dans une lettre de juin 1902 (Lettre 122) à propos du présent :

« Nous portons notre Ciel en nous puisque Celui qui rassasie les glorifiés dans la lumière de la vision[1] se donne à nous dans la foi et le mystère, c'est le Même ! Il me semble que j’ai trouvé mon Ciel sur la terre puisque le Ciel c'est Dieu et Dieu c'est mon âme. Le jour où j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret à tous ceux que j’aime afin qu’eux aussi, à travers tout, adhèrent toujours à Dieu. »

            En même temps, Elisabeth reste tendue vers l’avenir (L 271) : ...


« La perspective d’aller voir Celui que j’aime en son ineffable beauté, et de m’abimer en cette Trinité qui fut déjà mon Ciel ici-bas me met une joie immense dans l’âme. »

Elle souligne également le caractère inachevé de notre foi à sa mère, dans une lettre datée du 11 juillet 1906 (L 295) :
« Quand on pense que le Ciel c'est la Maison du Père, que nous y sommes attendues comme des enfants bien aimées qui retournent au foyer après un temps d'exil, et que pour nous y conduire Il se fait Lui-même notre compagnon de voyage ! Vis bien avec Lui dans ton âme, fais des actes de recueillement en sa présence. »

Elle résume cela d’une manière ramassée dans son traité le Ciel dans la Foi (CF 1) :
 « Le temps qui est l’éternité commencée mais toujours en progrès. »
  
2ème piste : Se recueillir

            Elisabeth nous indique une deuxième piste pour commencer ce temps de l’Avent : le chemin du recueillement. Se recueillir, c'est se rassembler alors que la dispersion nous menace toujours un peu… à moins qu’elle nous éparpille complètement. Se recueillir, c'est croire en la présence de Dieu dans notre cœur, dans notre vie : acte de foi, acte d’amour, acte d’espérance qui nous font désirer davantage sa présence c'est-à-dire d’être présent à son mystère. Se recueillir c'est faire acte de vigilance. « Se tenir prêt ! » nous invite Jésus dans l’évangile. Attention amoureuse et désir de foi constituent ce recueillement qui se vit de manière privilégiée durant les temps de prière silencieuse mais aussi au cours de la journée, comme l’y invite Elisabeth : « fais des actes de recueillement en sa présence ».
            Se recueillir, c'est vivre le temps présent dans une attitude d’accueil et de désir de faire la volonté de Dieu, à chaque instant. L’instant présent acquiert ainsi une vertu sacramentelle[2] qui donne Dieu : « chaque incident, chaque évènement chaque souffrance comme chaque joie est un sacrement qui lui donne Dieu ; aussi elle ne fait pas de différence entre ces choses » (CF 10). Dès lors, il est possible de « transformer les actes les plus ordinaires de la vie en actes divins » (L 309). Plus largement, vivre dans la perspective de la vie éternelle, c'est-à-dire dans la conscience du Seigneur qui vient, conscience renouvelée par la prière qui s’abreuve aux sources de la foi, donne à la vie, dès ici-bas, toute sa saveur et sa profondeur « céleste ».

Echo de la Parole de Dieu : Rm 13,11-14
           
            Grâce à ces deux pistes, nous pouvons méditer la 2ème lecture de ce dimanche, tirée de l’épitre aux Romains : « Frères, vous le savez : c'est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de vous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans ripailles ni beuveries, sans orgies ni débauches, sans dispute ni jalousie, mais revêtez le Seigneur Jésus-Christ. » (Rm 13,11-14).
            Nous retrouvons l’invitation à la vigilance, la conviction du « déjà-là et du « pas-encore » qui se traduit chez Paul par le salut qui s’approche de nous : chaque Avent est l’occasion de mesurer dans nos vies cette approche ! L’oraison liturgique qui ouvrait notre méditation nous invite à emprunter le « chemin de la justice », c'est-à-dire de ce qui est ajusté à Dieu, de ce qui convient. Saint Paul nous le dit à sa manière. Cela rejoint notre 1ère piste.

   3ème  piste : Prendre courage

            Pour terminer, méditons une dernière indication – troisième piste – que fournit là encore notre oraison liturgique. Elle invite au « courage ». Le découragement en effet est toujours la tentation de celui qui se met en route : « à quoi bon ? » ; « tu n’y arriveras pas » etc. Elisabeth l’a vécu. Le 16 juillet 1906, alors que sa lutte contre la maladie l’épuise, elle écrit à sa sœur Marguerite Chevignard, qu’elle appelait Guite (L 298) :

« Il faut rayer le mot « découragement » de ton dictionnaire d'amour; plus tu sens ta faiblesse, ta difficulté à te recueillir, plus le Maître semble caché, plus tu dois te réjouir, car alors tu Lui donnes, et n'est-ce pas meilleur de donner que de recevoir, quand on aime ? Dieu disait à saint Paul : « Ma grâce te suffit, car la force se perfectionne dans la faiblesse », et le grand saint l'avait si bien compris qu'il s'écriait : « Je me glorifie dans mes infirmités, car lorsque je suis faible, la force de Jésus-Christ habite en moi. » Qu'importe ce que nous sentons ; Lui, Il est l'immuable, Celui qui ne change jamais : Il t'aime aujourd'hui comme Il t'aimait hier, comme Il t'aimera demain. Même si tu Lui as fait de la peine, rappelle-toi qu'un abîme appelle un autre abîme et que l'abîme de ta misère, petite Guite, attire l'abîme de sa miséricorde, oh ! vois-tu, Il me fait tant comprendre cela, et c'est pour nous deux. Il m'attire beaucoup aussi vers la souffrance, le don de soi : il me semble que c'est le terme de l'amour. (…)
Aide-moi à préparer mon éternité ; il me semble que ma vie ne sera plus bien longue ; tu m'aimes assez pour te réjouir que j'aille me reposer là où je vis déjà depuis longtemps. J'aime te parler de ces choses, petite sœur, écho de mon âme ; je suis égoïste, car je vais peut-être te faire de la peine, mais j'aime t'emporter plus haut que ce qui meurt, au sein de l'Amour infini. C'est la patrie des deux petites sœurs, c'est là qu'elles se retrouveront toujours. Oh, Guite, ce soir en t'écrivant mon âme déborde car je sens « le trop grand amour » de mon Maître et je voudrais faire passer mon âme en la tienne, pour que tu y croies toujours, surtout aux heures plus douloureuses. »

            En somme, la semaine qui vient, la première semaine de l’Avent, sera l’occasion d’emprunter trois pistes. Premièrement, à la lumière de la foi, prendre davantage conscience du sens de notre vie : nous sommes appelés à la rencontre avec le Seigneur. Nous le vivons déjà mais de manière partielle. L’Avent nous fait grandir dans le désir de cet achèvement. Deuxièmement, se recueillir, dans la prière silencieuse ou en vivant chaque instant de nos journées, dans la foi que Dieu se donne déjà. Troisièmement, croire que Dieu nous donne le courage dont nous avons besoin, pas à pas…

fr. Guillaume Dehorter, ocd (Avon)

[1] Elisabeth décrit ici la vie éternelle avec le vocabulaire théologique de la « vision béatifique » : ceux qui sont admis à entrer pour toujours dans la gloire de Dieu sont nourris par cette vision. Mais c’est déjà le même Seigneur qui se donne à nous aujourd’hui par la foi, à travers la prière et les sacrements.
[2] Le sacrement est un « signe visible et efficace de l'amour de Dieu » dit classiquement la théologie. La théologie (catholique) désigne par là au sens strict du terme les sept sacrements : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la confession et le sacrement des malades ainsi que le sacrement du mariage et le sacrement de l’ordre. Mais plus généralement est sacramentelle une réalité où un signe ou une expérience sensible s’accompagne d’une action divine. L’Ecriture proclamée dans la liturgie a ainsi un caractère sacramentel. Il en va de même pour l’expérience du temps vécu avec la foi et l’attention dont témoigne Elisabeth.

SOURCE / CARMES DE PARIS 

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