La réforme thérésienne
Que voulait-elle vivre à Saint-Joseph d’Avila ?
Ce qu’il faut souligner en premier lieu et qui constitue une sorte de nouveauté pour un monastère contemplatif de femmes, c’est l’orientation nettement apostolique, ecclésiale et même missionnaire de la toute récente fondation de Saint-Joseph. Comment celle-ci est-elle née dans le cœur de Thérèse ? Par la prise de conscience suraiguë des maux dont souffre l’Église de son temps, la division des chrétiens, le relâchement des ordres religieux, l’infidélité de tant de prêtres, et, à partir d’une certaine époque, la « vue de ces millions d’âmes qui se perdent », en Amérique ou ailleurs, faute d’être évangélisées. Thérèse voudrait faire quelque chose pour arrêter ces maux. Mais à l’époque il n’y a de vocation possible pour la femme que dans le mariage ou la vie religieuse cloîtrée. Thérèse est Carmélite. Elle comprend soudain que si elle est une Carmélite selon le cœur de Dieu, c’est-à-dire si elle suit sa Règle dans toute sa rigueur, elle sera une authentique disciple et « amie » du Christ et que cette vie offerte dans le silence et la contemplation peut être d’un très grand prix pour le salut du monde. Son intention est même plus précise. Elle comprend aussi le rôle fondamental que jouent dans l’Église les prêtres, les théologiens, les missionnaires. La sainteté de l’Église dépend en grande partie de leur sainteté à eux. Voilà pourquoi la Carmélite, selon le cœur de Thérèse, doit être « l’apôtre des apôtres », non pas au sens où elle aurait à leur faire la leçon, mais au sens où sa vie entière est offerte à Dieu pour la sainteté des ministres de l’Église. Un peu comme sainte Marie-Madeleine qui reste très présente à l’esprit de Thérèse et qui constitue comme son « modèle ».
Tout découle de là. Il s’agit d’être une vraie Carmélite, c’est-à-dire une vraie contemplative. Tout est donc centré sur la prière, une prière vécue comme une « vie d’intimité et d’amitié » avec le Seigneur ressuscité. C’est ce que Thérèse appelle « l’oraison ». Celle-ci connaît, bien sûr, des moments privilégiés, mais elle est surtout une vie, c’est-à-dire qu’elle tend à devenir continuelle, car, comme dit la sainte, « le véritable amant aime partout son bien-aimé et ne perd jamais son souvenir ». C’est pour cette raison que Thérèse est si attachée à la solitude et à la clôture, ainsi qu’au silence, afin que rien ne distraie ses sœurs de la recherche du Seigneur. Leur vie doit ressembler le plus possible à celle de leur Maître, s’alignant sur les « conseils » que celui-ci donna jadis à ses disciples, spécialement ceux de la pauvreté, du détachement et de l’humilité. Le tout est couronné par l’amour fraternel grandement favorisé par le fait que les communautés thérésiennes ne sont jamais nombreuses et qu’elles veulent ressembler au « petit collège du Christ » où l’on s’aime dans la joie et la simplicité. D’où l’importance toute particulière des « récréations ».


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