San Honorato de
Randa (Majorque)
19 octobre 1862
19 octobre 1862
J.M.J. - Vive
Jésus
1. Mes filles
bien-aimées: Pénétré du calme et de la profonde paix que communique l’esprit
qui règne en ce saint désert, après trois jours de silence et de solitude
absolue, je vous écris sur les deux points essentiels que comporte votre
vocation: l’amour de Dieu et l’amour du prochain.
2. D’abord l’amour
de Dieu. Unies que vous êtes avec le Fils de Dieu dans la foi, l’espérance et
l’amour, l’époux vous dit quand vous vous rendez à vos écoles: Deuxièmement:
ces filles sont les miennes et les vôtres, aimez-les du même amour dont je les
aime et tout ce que vous ferez à l’une d’elles, vous me le faites à Moi. Je
serai avec vous, au milieu d’elles; éduquez-les, enseignez-les.
Vous avez là, bien
indiquées, vos hautes et sublimes affectations. Sur ces bases repose, s’assoit,
l’édifice spirituel que Dieu va construire en vous. Voilà les colonnes qui
soutiennent toute la perfection à laquelle vous aspirez. Sur ces deux
chapitres, j’ai, tout prêt, en mon âme, deux grands ensembles de doctrines qui
doivent être votre nourriture, votre aliment, votre vie, votre force et votre
vertu. En public et en
particulier et en commun, je vous parlerai de ces deux articles. Par ce
sentier, je dirigerai vos âmes. Je vais vous dire en cette lettre les points
les plus essentiels que ces deux amours englobent.
Amour de Dieu
3. Votre union avec le Fils de Dieu dépend de ces deux articles de notre sainte foi catholique.1°. Le Fils de Dieu et pour vous l’objet de votre amour.2°. Vous n’avez ni ne pouvez avoir d’autre être, en dehors de lui, qui vous aime, ni qui réunisse toutes les qualités exigées. Le croyez-vous? Croyez-le et, pour fortifier votre foi, je vais développer. [I] «Il est pour vous la chose aimée»… Le croyez-vous? Croyez-le. 3° Que lui manque-t-il pour être l’être aimé tel que votre cœur le demande, veut, désire et cherche? Rien, il a tout au plus haut degré. Vous le verrez. Votre cœur, dominé par une passion très grande, terrible et indomptable, bat fortement, désire, souhaite, cherche et appelle un être aimé qui l’aime, qui comble totalement ses désirs dans la mesure où cela est compatible avec la condition humaine. Quel est-il donc?
4. Je vous en
ferai le portrait.
1°. Il doit être
infiniment beau, gracieux, affable, et agréable aux yeux. Le Fils de Dieu
n’est-il pas ainsi? Il a, dans son humanité
sainte, la figure la plus achevée, la plus parfaite possible, il est beau comme
Dieu. Dans l’ensemble des traits de son visage brille et se reflète la suprême
beauté qui est Dieu. Tout ce que l’œil matériel peut voir et trouver de
parfait, de beau, de charmant, d’agréable et de délectable, tout est réuni dans
son visage et dans la constitution de son corps. Sa couleur du blanc et de
l’incarnat le plus pur sur des chairs nettes, fines et transparentes comme le
cristal le plus pur; et cette beauté matérielle et corporelle révèle en Lui sa
suprême beauté intérieure qu’il détient comme Dieu. Si vous voyez, mes
filles, quelque chose de beau dans les fils d’Adam, cette beauté n’est qu’une
étincelle qui s’est détachée de la perfection de celui que vous aimez.
5. Comme homme, il réunit toute la beauté des hommes; et comme
Dieu, il est le Bien suprême, l’être suprême, infiniment aimable. Êtes-vous
satisfaites d’un tel être aimé?
2°. Que
voyez-vous, dans les hommes, de bon, d’aimable, de brillant, qu’il n’ait, lui,
à un degré sublime? Gloire, honneur, puissance, savoir, sagesse, richesse, tout
ce qu’expriment ces mots, vous verrez tout cela en Lui. Si les hommes en ont
quelque chose, ils l’ont reçu par grâce et faveur, par aumône et en mendiant
aux portes de ses palais. Il y a une autre
qualité que votre cœur désire aussi dans l’être aimé; et c’est qu’il soit
éternel, impérissable, immortel, libre de toute maladie, douleur, peine et
affliction, que jamais ne l’atteigne la mort ni ses angoisses, ni la misère ni
la pauvreté, que le temps ni ses variations ne puissent le détrôner par un
revers de fortune et qu’en un mot, il soit, au jour des fiançailles et des
noces, et éternellement, le même, invariable. Le croyez-vous
tel? Vous me direz: Oui, comme catholiques, c’est bien l’idée que nous nous
faisons du Fils de Dieu. Cette foi ne suffit pas. Venons-en maintenant à
l’autre article.
6. Jésus est
l’objet de votre amour et, si votre cœur aime en dehors de Lui, il est perdu;
tout ce que Dieu a créé et peut créer ne peut le contenter. Votre cœur a été
fait pour aimer et pour L’aimer lui seul, et il aime son maître, et cherche son
aimé avec une soif véhémente et, comme son aimé est la beauté suprême, sa
passion est insatiable, immense, et ses tourments inexplicables.
[II] 2°: L’aimé
vous aime d’un amour éternel, pur, loyal, constant, désintéressé, avec passion
et d’une passion égale à la vôtre. Le croyez-vous? Croyez-le et tout est fait; croyez
lé et votre foi vous attachera à Lui en une union ineffable. Travaillez, mes filles, à sauvegarder votre foi sur cet article,
parce que, si elle vous fait défaut, il n’y a pas de fiançailles. Vous vous
êtes unies à Lui dans la foi, l’espérance et l’amour.
7. Il est votre
aimé et celui qui vous aime. Le croyez-vous? Croyez-le et, pour
que vous le croyiez, je vous découvrirai les bases sur lesquelles se fonde cet
amour. Cet amour se fonde sur sa bonté, non pas en vous, mais en Lui. Il aime
en vous ce qu’il y a d’aimable, qui sont les personnes ou la personnalité, et
il abhorre le vice et le défaut. Parce qu’il vous aime, il vous a créées; parce
qu’il vous aime, il vous a rachetées et, parce qu’il vous aime, il vous appelle
par vos noms, vous cherche et meurt mystiquement pour vous tous les jours sur
l’autel. Et cet amour, qui se fonde en Lui et non en vous, est la cause de
votre espérance. Pauvres de vous, si cet amour dépendait de vos mérites!
8. Mes filles,
toutes les attaques qui vous viennent du diable ont pour but d’éteindre votre
foi sur cet article. Quelles raisons, quels arguments, quels sophismes! Si vous
ne croyez pas que Jésus vous aime, quel qu’en soit le motif, c’est de là que
l’on tire, c’est de cette incrédulité que découlent la défiance, le désespoir,
la tristesse de l’âme, l’abattement spirituel, la tiédeur, l’indifférence, la
ruine et la mort de l’âme; tandis que la foi produit les effets opposés:
l’amour, la ferveur, la vie et la force.
9. Le motif
qu’allègue l’ange mauvais pour vous persuader que Jésus n’est pas quelqu’un qui
vous aime, ce sont vos fautes et tout ce que vous êtes et avez d’Adam pécheur. Mes filles, le
péché, loin de refroidir l’amour de Celui qui vous aime, au contraire, [fit
qu’]il mourut pour le tuer. Voilà la preuve de l’amour de Dieu envers nous. Il
nous racheta, alors que nous étions mauvais; il nous veut et nous cherche,
alors que nous sommes pécheurs, et il nous aime, tels que nous sommes. Il aime
la personne et non ses défauts. Avivez votre foi sur cet article et il engendrera l’espérance et
il allumera l’amour vrai et pur. Votre cœur cherche, désire, appelle un être
qui vous aime et soit présent et non absent et, comme il éprouve ses joies dans
l’union avec Lui, à partir du moment où il le croit absent, il souffre horriblement.
10. Votre aimé est
présent. Croyez-le. La foi catholique vous le dit. Il vient à vous dans le
sacrement et vous dit: Je suis votre aimé, tout à vous, et pour preuve, il se
donne à vous sous les espèces du pain, et vous le recevez, le prenez, le touchez,
l’embrassez, vous unissez à Lui et Lui à vous, le mangez et devenez une même
chose [avec lui]. Croyez-le, mes filles, et il en sera ainsi. Que voulez-vous
de plus de Lui? Vous l’avez, le possédez, il vient avec vous et se laisse mener
dans vos bras où cela vous plaira. Dans le sacrement, plus vous le touchez,
plus vous êtes pures; quand vous l’embrassez, il vous communique sa chasteté,
et quand vous vous réjouissez de sa présence, vous êtes plus saintes et plus
pures.
P. François Palau, carme – Écrits, Lettre 88.

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