
Il est sorti un livre référence sur l'ensemble de la pensée du pape François: Jorge Mario Bergoglio, pape François. "Seul l'amour nous sauvera"... En voici quelques extraits marquants.Société de «caprices adolescents»
«Nous sommes poussés par l'appétit insatiable de
pouvoir, le consumérisme et la fausse éternelle jeunesse qui rejettent les plus
faibles comme une matière méprisable d'une société devenue hypocrite, occupée à
assouvir son désir de “vivre comme il nous plaît” (comme si c'était possible)
et guidée uniquement par la satisfaction de caprices adolescents. Le bien
public et commun nous semble de peu d'importance, pourvu que notre “ego” soit
satisfait. Nous sommes scandalisés de certaines réalités sociales exposées par
les médias… Mais nous reprenons au plus vite notre carapace, et rien ne saurait
nous décider à assumer la conséquence politique qui devrait être la plus haute
expression de la charité. Les plus faibles sont éliminés: les enfants et les
personnes âgées. Il m'arrive de penser que nous nous conduisons envers les
enfants et les jeunes comme des adultes ayant renoncé.»
«Nous livrons nos vies et, bien pire, celle de nos
enfants et de nos jeunes aux solutions miracles et destructrices des drogues
(légales ou non), du jeu légalisé, de l'automédication, de la banalisation de
spectacles sans contenu, du soin fétichiste apporté au corps. Nous les
emprisonnons dans le narcissisme et le consumérisme. Et nous jetons nos
anciens, qui méprisent ce narcissisme et ce consumérisme, à la décharge
existentielle. C'est ainsi que le manque d'amour instaure la “culture de la
décharge”: ce qui ne sert plus, on le jette. (…)»
«Le manque d'amour, son abaissement et son
abâtardissement permanents, malgré quelques discours pseudo-religieux, ne fait
pas que nous déshumaniser. Il finit par nous dépolitiser. L'amour, en revanche,
pousse à prendre soin des biens et surtout du bien commun, qui génère et
accroît les biens particuliers. Une politique sans amour du prochain, sans
passion pour le bien, aboutit à un rationalisme de la négociation ou à un
appétit vorace uniquement tourné vers la jouissance du pouvoir. Aucune éthique
n'est ici possible, car l'autre ne suscite aucun intérêt.»
«Concernant le pouvoir: l'exercice consistant à rechercher toujours
plus de pouvoir, en guise d'adrénaline, crée aujourd'hui un sentiment
artificiel de plénitude et conduira demain à l'autodestruction. Le vrai
pouvoir, c'est l'amour. C'est lui qui donne aux autres leur force, qui suscite
des initiatives, lui qu'aucune chaîne ne peut entraver puisqu'il est possible
d'aimer jusque sur la croix ou sur son lit de mort. Il n'a besoin ni de beauté juvénile,
ni de reconnaissance ou d'approbation, ni d'argent ou de prestige. Il se
contente de jaillir… Et on ne peut l'arrêter. Si on le calomnie ou qu'on le
détruit, il en acquiert une reconnaissance encore plus incontestable. Ce Jésus,
si faible et insignifiant aux yeux des politologues et des puissants de la
terre, a révolutionné le monde.»
« Distinguer n'est pas discriminer » «Nous ne
voulons pas juger ceux qui pensent et ressentent différemment que nous. (…). Le
mariage précède l'État, il est le socle de la famille, la cellule de la
société, antérieure à toute loi et même à l'Église. Par conséquent, l'adoption
du projet de loi serait un grave recul anthropologique. Le mariage (formé d'un
homme et d'une femme) n'est pas la même chose que l'union de deux personnes de
même sexe. Distinguer n'est pas discriminer, mais respecter; différencier pour
discerner consiste à évaluer correctement, pas à discriminer. (…) Nous ne
pouvons pas enseigner aux générations futures qu'il est équivalent de se
préparer à développer un projet familial fondé sur un engagement de relation
stable entre un homme et une femme, que de vivre avec une personne du même sexe
(…). Je vous en conjure, qu'il n'y ait de votre part, ni dans vos paroles ni
dans vos cœurs, aucune marque d'agressivité ou de violence envers aucun frère.»
«Attention: nous ne luttons pas contre des pouvoirs
humains, mais contre la puissance des ténèbres. Comme il l'a fait avec Jésus,
Satan cherchera à nous séduire, à nous égarer, à nous offrir des “alternatives
viables”. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe d'être crédules ou suffisants.
Il est vrai que nous devons dialoguer avec tout le monde, mais on ne dialogue
pas avec la tentation.»
«L'autre fils répond: “Oui, Père, j'y vais”, mais
il n'en fait rien. Il n'obéit pas à son père, mais sauve les apparences: ce
sont les chrétiens “amidonnés”, ces chrétiens aux bonnes manières mais
mauvaises habitudes.
-Je suis très catholique, Père, je fais partie de
telle et telle association.
-Dis-moi, as-tu des employés de maison chez toi?
-Oui, Père.
-Et comment les paies-tu: officiellement ou au
noir?
-Eh bien, Père, si on commence à se poser ces
questions, évidemment…
C'était juste une question. Et si l'on va plus
loin, on comprend qu'ils mènent une terrible double vie. Les chrétiens comme ce
fils, les chrétiens pharisiens sont ceux qui font le plus de tort au peuple de
Dieu.»
• Les
hypocrites du clergé
«À ceux qui étaient scandalisés de le voir manger
avec les pécheurs, les publicains, Jésus répond: “Les publicains et les
prostituées vous précéderont”, alors que c'était la lie de la société de
l'époque. Jésus ne les supporte pas. Ce sont eux qui ont cléricalisé - pour
dire les choses clairement - l'Église du Seigneur. Ils l'encombrent de
préceptes. Je le dis avec tristesse, et pardonnez-moi si j'ai l'air de les
dénoncer ou de les insulter, mais il y a dans notre région ecclésiastique des
prêtres qui refusent de baptiser les enfants de mères célibataires sous
prétexte qu'ils ont été conçus hors des liens sacrés du mariage. Ce sont les
hypocrites d'aujourd'hui. Ceux qui ont cléricalisé l'Église.
• «Non à
la frivolité spirituelle»
«Le pire des maux qui puissent atteindre l'Église,
c'est de tomber dans la frivolité spirituelle, comme l'indiquait le cardinal de
Lubac. C'est le pire des maux dont puisse souffrir l'Église, pire encore que la
débauche des papes d'autrefois. Cette frivolité spirituelle qui consiste à
faire ce qui fait bonne impression, à être comme les autres, de cet
embourgeoisement spirituel, du respect des horaires, du statut: “Je suis
chrétien, je suis consacré ou consacrée, je suis prêtre.” Ne vous commettez pas
avec le monde, dit Jacques. Non à l'hypocrisie. Non au cléricalisme hypocrite.
Non à la frivolité spirituelle (…). Oui à la proximité, au chemin parcouru avec
le peuple de Dieu, à la tendresse spéciale envers les pécheurs, ceux qui sont
plus loin, et souvenons-nous que Dieu vit au milieu d'eux. Que Dieu nous
accorde cette grâce de la proximité, qui nous préserve de tout comportement
gestionnaire, frivole, prosélyte, clérical, et qui nous rapproche de sa voie:
marcher avec le peuple saint de Dieu.»
source: Le Figaro
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