Ses premiers contacts avec le
milieu religieux d’Ibiza lui permirent de constater l’attachement qu’on y avait
à la prédication de forme traditionnelle et aux pratiques pieuses ankylosées.
Il ne s’y sentit pas à l’aise: il ne se voyait pas appuyant des coutumes
invétérées, sans efficacité réelle. Sa première démarche dans l’île, une fois
qu’il y fut confiné de force, fut de bâtir à Marie une chapelle ou un ermitage,
à Es Cubells. Il réussit à y transférer la statue de Notre-Dame des Vertus qui
présidait «l’École des Vertus» à Barcelone. C’était le début d’un
renouvellement de la piété mariale à Ibiza; de là, elle s’étendrait et se
propagerait sur les autres îles de l’archipel des Baléares.
La célébration du «Mois de Marie»
était l’une des expressions les plus caractéristiques de la dévotion mariale.
Durant ses années de séjour dans l’île, il eut l’occasion de constater qu’il se
pratiquait comme un «exercice pieux», mais, sans incidence sérieuse sur la vie
des fidèles. Il fallait le renouveler, lui injecter une sève nouvelle qui lui
donnerait une vitalité pratique. À Es Cubells, à Santa Eulalia, dans d’autres
églises d’Ibiza et aussi à Majorque, il essaya des formules variées jusqu’à ce
qu’il trouvât la méthode qui lui sembla la plus adéquate pour faire du «Mois de
Marie» quelque chose de vraiment utile dans la vie chrétienne.
Quand il constata son efficacité et
l’excellent accueil des braves gens de l’île, il décida de le mettre par écrit
pour faciliter sa pratique et le diffuser parmi les dévots à Marie. Ainsi
naquit le livre de dévotion intitulé «Mois de Marie ou Fleurs du Mois de Mai».
Un livre de piété assez différent de ceux qui étaient en usage. Il voulait
aider à glorifier Marie, mais en même temps, il tentait d’enseigner à imiter
ses vertus, ce qui est la meilleure manière de l’honorer. Guidé par son sens
pratique et sa pédagogie habituelle, il recourut une fois de plus à l’impact de
la plastique. Le texte du livre de prière serait accompagné de gravures
correspondant aux jours du mois. Texte et planches formaient un tout unique et
harmonieux.
L’idée centrale rejoignait ce
qu’avait été «l’École de la Vertu». Marie est pour tout chrétien exemple et
modèle de vertus, et «dans le jardin de l’Église – écrivait F. Palau en 1852,
–les vertus symbolisées par les plantes sont pratiquement infinies quant à
leurs espèces et à leur nombre». Partant de cette affirmation, il s’agissait de
choisir plantes et fleurs qui symboliseraient le mieux les vertus de Marie.
C’est sur ce canevas qu’est tissé le livre de prière du Père Palau. Chaque jour
du mois de mai a sa planche figurant une vertu. Le texte décrit brièvement la
fleur, explique la vertu qu’elle symbolise et comment Marie la vécut. Lui
offrir cette fleurvertu exige un engagement sérieux à l’imiter.
Bien que le livre de prière ait pu
servir pour la pratique particulière ou privée du Mois de Marie, l’auteur le
conçut pour la célébration communautaire, avec une sorte de mise en scène. Il
signale lui-même dans l’introduction les règles à suivre. La célébration
quotidienne, selon ses indications, se déroulerait ainsi: après les prières
d’entrée ou préparation, vient «l’éloge de la fleur» du jour; suit
immédiatement «l’éloge de la vertu symbolisée»; puis, une réflexion sur cette même
fleur-vertu en Marie; enfin venait l’offrande ou la présentation de la fleur à
la Vierge. On clôturait la célébration par «la petite couronne des douze
étoiles», les litanies et des chants à Marie. Il suffit d’ouvrir le livre à une
page quelconque pour vérifier cette structure très simple, adaptée à la piété
populaire et à la mentalité des gens auxquels il était destiné.
MAÎTRES SPIRITUELS
CHRÉTIENS/FRANCISCO PALAU-ÉCRITS
EULOGIO PACHO
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