
"Or, avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint. Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit" (Mt 1, 18-19)
Plus de trois mois se sont écoulés depuis son départ « en hâte » pour la Judée où Élisabeth a besoin de sa visite et de sa présence (Lc 1, 39) : Marie va rentrer à Nazareth. Joseph éprouve la joie douce et forte du jeune homme qui va retrouver celle qui est déjà sa femme. Dans quelques semaines, ils vivront sous le même toit. Il respecte et ratifie le choix d’un mariage virginal: leur amour connaîtra une autre maturité. Tout est prêt, tout est fait en fonction de Dieu.
Mais l’apparence de Marie a changé et la fatigue du chemin n’explique pas tout. Qui le lui a dit ? Un enfant innocent ou une voisine bien intentionnée ? Peu lui importe désormais. Ce ventre arrondi, quelle détresse… Ignace de Loyola parlera justement d’un « état de désolation », la piété populaire évoquera la « première douleur » de Joseph. Ce n’est pas un vacillement mais un effondrement. Joseph de crie pas. Il n’accuse personne, ni Dieu, ni sa femme, ni le destin, ni la vie. Rarement un fils d’Abraham n’a autant ressemblé au vieillard parti au pays de Moriyya, sacrifier son fils unique. « Dieu pourvoira » (Gn 22, 2.8). Combien seraient amers, désabusés ou révoltés ?
Dieu n’a pas à se justifier, Marie non plus. Joseph ne réclame rien. Il a suffisamment de foi pour ne pas douter et pas assez d’orgueil pour se sentir trahi. Se venger, tempêter, ironiser : Joseph n’en conçoit même pas l’idée.
Animé par une foi puissante en Dieu et un amour viril et total pour Marie, il accepte d’être dépassé par ce mystère : il voulait et pensait tout faire par volonté de Dieu, cette volonté le dépasse : il la respecte. Il ne la subit pas, il l’épouse. Joseph va jusqu’au bout de la prudence et de l’amour, par un acte de noblesse inouïe : se retirer sans bruit comme si c’était lui, l’importun du plan de Dieu. Homme fort, il fait un choix et pose un acte de responsabilité.
"Alors qu’il avait formé ce dessein, voici que l’Agne du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : "Joseph, fils de DAvid, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés"… Une fois réveillé, Joseph fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit". (Mt 1, 20-21,24)
Dieu ne se tait pas toujours, encore faut-il lui laisser la Parole ! Joseph s’est tu sans pouvoir imaginer ce qui arriverait mais sans douter que Dieu ferait signe. Son mutisme n’est pas le fruit d’un doute à la manière de Zacharie (Lc 1,20) mais sa façon de respecter la liberté de Dieu sur lui. Sa foi lui permet de "con-sentir" au style de Dieu. L’ange apparaît à Marie, il vient en songe à Joseph : Dieu choisit sa manière et ce sera par trois fois en songe (Mt 1, 20 ; 2, 13.22) à Joseph, lointain descendant du Patriarche Joseph, « l’homme aux songes » (Gn 37, 5.9). Quelle libération pour Joseph ! La première Douleur devient la première Allégresse (Prière des « Sept Douleurs et des Sept Allégresses de Saint Joseph »). Ni Dieu, ni Marie ne l’ont trompé ; il ne s’est pas non plus trompé à leur propos. L’acte de foi prend ici tout son sens. Il ne s’est pas battu avec Dieu comme Jacob (Gn 32, 25-31). Ce n’est pas une défaite mais au contraire, le couronnement d’une fidélité assumée avec force et tranquillité.
Dieu parle et se dit : il est un Amour qui sauve. Il est un Amour qui respecte infiniment ce que l’homme est prêt à lui offrir. Simplement, Dieu propose à l’homme de lui offrir toujours davantage et Joseph se surprend à lui donner tout. Il accepte que le dessein de Dieu dépasse son projet.
L’impossible de l’homme est le possible de Dieu (Lc 1,37) : Joseph va devenir le père du Fils. C’est Joseph que Jésus va appeler « Abba » avant de nous apprendre à nommer ainsi son Père du Ciel (Mt 6,9).
Comprenons toute notre proximité à Joseph : il n’est pas préservé du péché originel comme son épouse. Pécheur comme nous, il nous montre quelle peut être notre capacité de réponse à la proposition de Dieu. Ce qui lui est arrivé nous rejoint si souvent ! Son attitude de foi a une valeur exemplaire pour chacune des épreuves de notre vie. Ce n’est pas un hasard s’il a été proclamé « Patron et Protecteur de l’Église Universelle », le 8 décembre 1870. Patron, il nous montre la route à suivre. Protecteur, il nous garde aussi des embûches comme il a gardé l’Enfant du péril de la mort et de l’exil.
Comme nombre d’époux fortement unis, Marie et Joseph sont capables, sans se concerter, d’offrir la même réponse aux grandes questions de l’existence : "Que tout soit fait selon ta parole" (Lc 1,38).
Source: Sanctuaire de Saint Joseph
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