Dans la parcelle thérésienne
Si Francisco
Palau y occupe une place de choix, ce n’est pas par simple opportunisme. Sa vie
et son enseignement contribuent à enrichir les trésors accumulés que le Carmel
Thérésien offre généreusement à l’Église universelle. Il s’agit d’un fort courant
grossi de l’apport authentique de la pensée Palautienne, avec le charisme riche
et unique de cette figure originale du XIXe siècle.
Il vient élargir ce canal où coulent, mêlés et fusionnés,
des affluents bien connus et représentatifs: Thérèse de Jésus, proclamant
la valeur unique et décisive de «l’humanité très sainte du Christ, véritable
frère et ami»; Jean de la Croix, réaffirmant la réalité du Christ «Parole
unique et définitive de Dieu»; Thérèse de Lisieux, montrant la paternité
amoureuse de Dieu; Élisabeth de la Trinité, découvrant la mystérieuse présence
du Dieu Trine. Et face au mystère divin amoureusement offert à l’homme, des
attitudes et des vécus uniques: rapports intimes d’amitié avec le Christ chez
Thérèse; abnégation radicale chez Jean de la Croix; don de soi plein de
confiance chez Thérèse de Lisieux; louange de gloire chez Élisabeth de la
Trinité.
On trouve des contenus identiques, les mêmes attitudes,
chez Francisco Palau, mais aussi une optique nouvelle et originale du charisme carmélitain-thérésien.
Tout se teinte en lui de couleurs uniques et de nuances personnelles. Tout
prend des tonalités propres, des sons vibrants d’ecclésialité. En lui, tout est
contemplé et centré à partir de la réalité mystérieuse de l’Église; tout part
de l’Église et revient à l’Église. C’est là que gît son optique originale, qui
renouvelle et recrée la façon d’être et de vivre l’idéal carmélitain.
Le colloque amical de l’oraison se déroule avec le Christ
Mystique et devient union avec l’Église, communion de vie avec tous ceux qui
sont liés au Christ par l’Esprit. Le service apostolique est aussi rencontre
avec le Christ présent dans les membres de son propre Corps mystique, qui est
l’Église. Oraison et apostolat sont des expressions complémentaires –déduites
mutuellement– du même amour ecclésial. Le Christ et les frères deviennent
présents, tant dans la contemplation que dans la proclamation du mystère divin
devant les hommes. Aimer et servir l’Église revient à réaliser en plénitude et
en perfection la loi suprême de la charité. Finalement, –répète Francisco
Palau– «ce sont les œuvres qui sont l’amour».
Oraison et apostolat, solitude et évangélisation, vie
théologale et abnégation évangélique, communauté fraternelle et désert sont
vécus par le Père Palau en vision et en fonction de l’Église. Marie reflète,
représente merveilleusement la sainteté de l’Église et donne l’exemple de la
vie de cette mystérieuse réalité de communion et de communication.
Aussi, dans la perspective du Père Palau, on contemple toujours
Marie dans l’Église et avec l’Église, dont elle est le miroir très fidèle. Dans
l’Eucharistie se fait l’incorporation plénière au Corps mystique du Christ, car
en elle s’effectue la donation mutuelle du Christ à ses membres et de ceux-ci
entre eux. C’est le moment culminant de l’amour réciproque et marital, du
«grand sacrement» paulinien. Ainsi le vécut et l’enseigna Francisco Palau. En
lui, la mystique carmélitaine devient mystique ecclésiale. De ce point de vue,
il est l’une des figures les plus représentatives de la spiritualité
chrétienne.
Son cas est modèle de mystique ecclésiale. Grâce à
Francisco Palau, la mystique carmélitaine, taxée plus d’une fois de subjective
ou personnaliste, acquiert de palpables dimensions communautaires et ecclésiales,
effaçant, aux limites du possible, la confrontation anthropologique entre
oraison et apostolat, contemplation et liturgie. C’est à ces titres et d’autres
encore que Francisco Palau peut entrer triomphalement au sanctuaire des
«Maîtres Spirituels Carmes».
FRANCISCO PALAU ÉCRITS
ÉDITION PRÉPARÉE PAR EULOGIO PACHO


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire