« Cet après-midi, je gravissais la
montagne, très triste et peiné. Le chagrin avait un fondement et une cause que
je n’ai pu encore arracher de mon cœur, et c’est ma persuasion d’être
désagréable à mon Aimée. Et, peiné, je lui disais: «Tel que tu me vois, je me
donne à toi. M’aimes-tu? Dis-moi –répétait mon cœur– m’aimes-tu tel que je
suis?» Le temps était pluvieux. Et tout en répétant la même offrande, je me
dirigeai vers une petite grotte qui se trouve dans le bois, pour me protéger
contre la pluie.
–Entre, me dit une voix.
–Qui
es-tu?
–Celle que tu aimes.
–Es-tu
mon Aimée?
–Je suis ton Aimée et Celle qui t’aime.
–Celle
qui m’aime?
–Oui, celle qui t’aime.
–Ôte
de moi cette peine qui me consume.
– Dis-la-moi.
–Je
vois en moi des choses que je déteste et qui te déplaisent.
–Qu’est-ce que tu abhorres et qui m’est
désagréable?
–Mes
fautes et mes misères.
–Crois-tu qu’à cause d’elles je vais
cesser de t’aimer?
–Je
le mérite bien. Je désire être tel qu’il n’y ait pas la moindre chose en moi
qui te déplaise.
–Tes fautes et tes misères sont l’ombre
sur laquelle se détache l’image de Dieu, et c’est celle-ci que je regarde et
aime; et ce que tu n’aimes pas, cela te suivra où que tu ailles. Néanmoins,
durant ces exercices, je vais fonder solidement la paix avec toi en ton cœur,
et y déverser cette joie et ce plaisir qu’un évènement humain ne peut troubler.
–Que
je serai heureux si tu me fais une telle grâce!
–Puisque tout le fondement et la cause
des peines horribles qu’endure ton cœur gisent dans des craintes de m’être
désagréable, ces soirs-ci, examine attentivement une par une ces causes et, si
elles sont véritables, nous les ôterons; et s’il n’y a en toi rien qui me
déplaise, tu auras, dans l’amour et l’union avec moi, une paix solide,
inaltérable, permanente, et une joie et un plaisir qui seront hors de portée
des évènements humains. Tant que tu seras en paix avec moi, tant que nous
serons une seule chose par amour, quelle importance peuvent avoir les
évènements humains qui tournent autour et en dehors du temple intérieur où je
vis et règne avec toi? Examine donc bien ces choses qui sont en toi et qui,
crois-tu, me déplaisent, et nous les combattrons de l’intérieur. »
Bienheureux François
Palau
Mes Relations, 19
février 1866.

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