
L'ÂME : Vous êtes mère, et la plus tendre des mères. Quelle mère
a-t-on jamais vue qui ne voudrait efficacement le bien-être de ses enfants? Et
si elle les voit en danger ou perdus, la perdition même lui sert de motif pour
chercher tous les moyens de les sauver. Alors donc que vous pouvez nous
arracher à un si terrible esclavage, pourquoi ne le faites-vous pas? Est-ce que
par hasard cela ne vous convient pas? Ah! Notre-Dame! Il ne nous conviendrait
pas d’avoir la Religion? La Religion est absolument nécessaire pour le salut
des enfants d’une nation. Un peuple sans foi est l’héritage du vous avait
invoqué en ses besoins, vous ayez manqué.
MARIE : Vous vous perdez seulement parce que vous ne demandez pas
[votre salut]. Ne sais-tu pas qu’on n’envoie aucune grâce du ciel sur la terre
sinon par le moyen de la prière? Je veux, je puis et je ne fais
pas ce que tu dis, parce que je le veux et le puis à la condition qu’on me le
demande convenablement. Ceux qui me demandent d’intercéder en
cette affaire sont nombreux; mais voyant que c’est chose ardue –comme si je ne
pouvais pas faire de plus grandes choses!–, ils demandent mais en doutant
tellement si je le ferai ou non qu’avec leurs doutes, ils me lient les mains et
se rendent indignes que je le fasse. Mon Fils déteste tant cette défiance dans
la prière qu’il refuse toujours tout ce qu’on lui demande de cette manière.
L'ÂME : Mère, moi, je veux vous implorer comme il convient. Comment le
faire pour obtenir votre intercession?
MARIE : Quand les enfants demandent du pain à leur mère, sachant
qu’elle peut et veut le leur donner, comment le lui demandent-ils? Ne sont-ils
pas bien persuadés qu’elle le leur donnera dès qu’elle saura qu’ils en ont
besoin? Doutent-ils, d’aventure, si elle leur donnera ou non le pain qu’ils lui
demandent et dont ils ont besoin pour vivre? Allons donc, ma fille, à supposer
que ce que tu me demandes est aussi nécessaire au peuple … pour sa vie
spirituelle que le pain pour la vie du corps, tu dois donner pour acquis le
fait que je ferai ce que tu me demandes, sans t’arrêter à douter ni même à
hésiter quant à savoir si je le ferai ou non. C’est la foi qui œuvre
et obtient dans la prière.
Si
tu demandes et crois que je ne ferai pas ce que tu demandes, et de même si tu
doutes ou hésites, tu peux déjà être sûre qu’il en sera ainsi. La prière obtient tout ce
qu’elle croit et espère obtenir, et rien de plus. Ma fille, aie toujours une
haute idée de ma bonté. Il suffit que tu aies besoin d’une chose et me la
demandes pour que je te l’accorde.
Quel
aveuglement extraordinaire que celui des enfants des hommes! Ils savent que,
lorsqu’ils me demandent une chose nécessaire à leur salut, je suis une mère si
bonne que, si leur demande se fait dans la confiance filiale, ils m’obligent et
me forcent à leur donner ce qu’ils veulent, de sorte que je fais moi-même leur
volonté. Et cependant, ils préfèrent mourir de faim plutôt que de me demander
du pain, ou s’ils me le demandent, ils restent défiants en leur for intérieur
et doutent de ma bonté. Animée donc de cette confiance, regarde, toi, ce que tu
veux de moi et demande-le moi.
FRANCISCO
PALAU – ÉCRITS
Lutte
de l’âme avec Dieu, pages 153 - 156
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