L'Ordre
du Carmel est né au tournant des XII° et XIII° siècles, dans le silence et la
solitude de quelques pauvres ermitages aménagés sur le promontoire du Mont
Carmel, dans le souvenir du saint prophète Elie. Après l'échec des croisades,
ces ermites (qu'ils soient d'origine arabe ou européenne) viennent s'installer
dans les grandes villes d'Europe médiévale. Ils n'ont pas de fondateur, pas
d'appuis humains. Ils s'appuient sur la parole de Jésus « en dehors de
moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean 15,5). Ce que chante la Vierge, en
son versant positif : « Le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint et
son Nom. » (Luc 1, 49).
Aux difficultés institutionnels de Simon Stock,Marie répond par
un signe du salut.
Lors
du chapitre général de 1247, l'Ordre a adopté
une mouture revue de la Règle primitive et s'inscrit désormais dans la mouvance
des Ordres mendiants.
Son
général s'appelle Simon Stock, et suppliant Marie de l'aider dans les
difficultés institutionnelles, il lui dit chaque jour: «Fleur du Carmel,
Vigne fleurie, Splendeur du Ciel, Vierge féconde, Unique, Douce Mère, mais qui
ne connut pas d'homme, aux Carmes accorde tes faveurs, Etoile de la mer ». Et
un jour Marie lui apparaît, présentant le scapulaire. Elle se montre ensuite à
Jacques Duèse qui deviendra le pape Jean XXII.
Ces
deux visions se résument en ces termes: le scapulaire est donné à l'Ordre
du Carmel pour le salut éternel: aux Carmes lui demandant de les aider dans leurs difficultés institutionnelles, la
Vierge répond par une promesse portant sur la seule chose qui compte
vraiment : le salut éternel. Et
le Carmel trouve sa vraie sécurité, sa fécondité en se tournant vers sa Mère,
comme un enfant.
Voici le plus ancien témoignage de la vision de Simon Stock, le
16 juillet 1251: «Souvent
Simon Stock suppliait la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu et patronne de
l'Ordre de doter de quelque privilège les Frères qui portent son nom. Chaque
jour d'une voix très dévote, il lui disait en ses prières :
"Fleur
du Carmel, vigne fleurie, splendeur du Ciel, Vierge-Mère, Unique, Douce Mère,
qui ne connus point d'homme, aux enfants du Carmel donne tes privilèges, Etoile
de la Mer." Et
un jour, la glorieuse vierge Marie lui apparut accompagnée d'une multitude
d'anges et lui dit : "Voici le privilège que je donne à toi et à
tous les enfants du Carmel. Quiconque meurt revêtu de cet habit sera
sauvé." »
La deuxième vision est attribuée à Jacques Duèse qui deviendra
le pape Jean XXII, pape d'Avignon à partir de 1316. Lisons simplement l'extrait d'un
récit datant de 1465: «Quiconque
entrera dans cet Ordre et observera dévotement ce genre de vie sera sauvé
éternellement et délivré de la peine et de la coulpe. Et si au jour de leur
passage en l'autre vie, ils sont amenés au purgatoire, moi la Mère de la grâce,
je descendrai le samedi au purgatoire après leur mort et je délivrerai ceux que
j'y trouverai et les ramènerai à la montagne sainte et à la vie
éternelle. »
La profonde signification du
scapulaire
Il y a dans le geste de réception du scapulaire une merveilleuse
attitude d'humilité, de simplicité, de foi, celle du petit enfant qui se laisse
habiller par sa mère.
Que
l'habit religieux, que le signe du scapulaire, renvoient au salut, rien n'est
plus normal, rien n'est plus juste. Qui dit salut, évoque nécessairement les
«fins dernières», si peu prêchées aujourd'hui: la mort, le
jugement, le purgatoire, l'enfer ou le paradis. Or c'est précisément à ces
réalités ultimes que les promesses du scapulaire nous reconduisent [...]: accueillir le salut, accepter de se laisser sauver (reconnaître donc que, de
soi, l'on est perdu) ne consiste pas d'abord en de grandes choses. C'est
humblement ouvrir une porte, celle de notre cœur, de notre liberté. Et cela
peut se réaliser, se manifester, s'incarner par un petit geste tout simple
comme de recourir à l'intercession, à la protection de Marie et se laisser
revêtir du «vêtement du salut».
Tous
les critiques, les adversaires du scapulaire du Carmel ont toujours tenu le
même discours: c'est trop beau pour être vrai, c'est trop simple. Le
salut ne peut s'obtenir à un prix si dérisoire ! Ce qui est certain, c'est
que de notre côté le salut est radicalement hors de notre portée au seul plan
naturel. Celui qui a payé le prix, c'est le Christ par la valeur infinie de son
sang versé, de sa vie livrée dans l'Amour du Père. Revêtir le scapulaire, comme
nous ne cessons désormais de le dire, ce n'est pas chercher un moyen magique
qui fonctionnerait à côté de l'économie du salut, mais entrer pleinement dans
cette économie par la médiation maternelle de la Vierge Marie. Le scapulaire ne
nous dispensera bien sûr pas d'un authentique chemin de conversion; il en
sera comme l'écrin et le symbole.
N.B. Le 13 octobre 1917
l'apparition de Fatima s'est présentée à Lucie en tant que Notre Dame
du Carmel (donnant le scapulaire) : on peut y voir un silencieux appel à porter
son scapulaire comme un signe de consécration à son Cœur Immaculé.
Cf. Fr. Philippe de Jésus-Marie, o.c.d., Le secret du Carmel, le scapulaire et la vie mariale, Editions du Carmel, Toulouse 2010, p. 5-25 / CEC :
Catéchisme de l'Eglise catholique, 1998.
Synthèse Françoise Breynaert

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