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HALTE SPIRITUELLE

8 JANVIER 2018:

"Loi, Justice et Sainteté"

Mgr Bernard GINOUX

24 janv. 2013

Marie au Carmel, éclairages sur la vie spirituelle


L'Ordre du Carmel est né dans le secret, dans le mystère.

L'Ordre du Carmel est né dans le silence et la solitude de quelques pauvres ermitages aménagés sur le promontoire du Mont Carmel, au tournant des XII° et XIII° siècles, quand quelques Européens, des «Croisés», s'étaient réunis dans le souvenir du saint prophète Elie.
Ils vivaient dans des cellules séparées, dans la dépendance de Jésus-Christ, méditant jour et nuit la Parole de Dieu.
Au temps du prophète Elie, une longue sécheresse avait desséché le pays. Elie adora et supplia. Une petite nuée se leva au loin, et vit au loin, prit de l'ampleur et provoqua une pluie généreuse sur le pays.
La tradition du Carmel voit dans cette nuée une annonce voilée de la Vierge Marie qui apporte la bénédiction. Et les premiers ermites se retrouvaient pour célébrer la messe dans une modeste chapelle dédiée à Marie, la Dame du lieu.
Parfois, mais rarement, lorsqu'ils se proposaient d'aider leurs proches, sans du tout se desservir eux-mêmes, ces ermites descendaient de l'ermitage et semaient abondamment ce qu'ils avaient contemplé. Depuis sa toute première origine, le Carmel est donc fondé sur le Christ seul, sur l'intercession maternelle de Marie mais sans la moindre garantie humaine, mondaine

Avec la chute du royaume latin de Jérusalem et l'échec des croisades, ces ermites durent reprendre la mer, revenir dans leur pays d'origine, et s'installer dans les grandes villes d'Europe médiévale. Ils entraient alors dans le vaste mouvement des Ordres mendiants, aux côtés des fils de saint Dominique et de saint François.

Ils n'avaient pas de fondateur connu ni de règle antique qui auraient pu leur servir de recommandation indiscutable. Ils passaient du désert à la vie conventuelle dans les grandes villes universitaires. De plus, les décisions pontificales visaient à réduire le nombre de « communautés nouvelles » de l'époque. Il ne leur restait que Marie. Elle ne pouvait pas les abandonner. C'est dans ce contexte qu'advint la vision de saint Simon Stock, puis la vision à Jacques Duèse qui deviendra le pape Jean XXII. Ces deux visions se résument en ces termes : le scapulaire est donné à l'Ordre du Carmel pour le salut éternel de ses enfants. Aux Carmes lui demandant de les aider dans leurs difficultés institutionnelles, la Vierge répond par une promesse portant sur la seule chose qui compte vraiment : le salut éternel. 

Dès lors, les carmes se consacrent à Dieu par Marie, c'est ce que manifeste le chapitre de Montpellier tenu en 1287:
"Nous implorons l'intercession de la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, à la suite et en l'honneur de laquelle a été fondée notre religion du Mont-Carmel".
Cette attitude aura une conséquence logique dans la formule de la profession qui inclura la mention explicite de la Vierge Marie. 


Eclairages carmélitains sur la vie spirituelle
En Occident, la vie de prière a été formée par de grands saints : saint Augustin, saint Benoît, saint François et sainte Claire d'Assise, les saints du Carmel, les fondateurs de diverses congrégations mariales du XVIII° et XIX° siècles, et les saints d'aujourd'hui.

Jean de la croix.
Pourquoi donner une place particulière à l'éclairage carmélitain ? Il y a deux raisons :
- Parce que le Carmel a donné des docteurs de l'Eglise qui ont enseigné non pas sur tel ou tel dogme, mais justement sur la vie de prière.
- Parce que le Carmel a une relation avec la Vierge Marie si forte que Marie a reçu le titre de Notre Dame du Carmel, célébrée le 16 juillet.

Une aventure d'amour
Comment rencontrer Dieu, qui est si différent de nous ? La question est mal posée, répond Jean de la Croix car il faut savoir que si l'âme cherche Dieu, Dieu, de son côté, la cherche bien davantage : amour infini de la part de Dieu, amour tout juste naissant de la part de l'homme ; amour qui attire irrésistiblement Dieu et l'homme l'un vers l'autre.

L'âme devient comme l'épouse à l'égard du Christ Époux et leur amour va culminer dans l'union parfaite du mariage spirituel.

Ma montée du Carmel
C'est à une véritable ascension qu'il faudra se livrer pour arriver à ce sommet. Jean de la Croix l'a décrite dans sa 'Montée du Mont Carmel' et l'a résumée dans un dessin suggestif qu'il distribuait à ses disciples.
Le principe qui l'inspire est simple : puisque Dieu se communique partout où il trouve la place, le premier souci de l'âme sera de faire place à Dieu et pour cela d'évacuer d'elle-même tout ce qui lui fait obstacle.

Les nuits
Le but de la prière est l'union à Dieu, ou l'acquisition du Saint Esprit, ou le mariage spirituel (diverses expressions sont possibles...) Or, nos sens, notre intelligence, notre volonté, toutes nos « facultés », sont à mesure humaine et le péché les entache.
La nuit des sens accommode les sens à Dieu.
La nuit de l'esprit accommode l'esprit à Dieu.
Même si nous étions sans péché, il serait nécessaire de passer par des nuits. Le pape Jean Paul II a dit de Marie :
« La Mère de ce Fils, gardant la mémoire de ce qui a été dit à l'Annonciation et au cours des événements suivants, porte en elle la «nouveauté» radicale de la foi, le commencement de la Nouvelle Alliance. C'est là le commencement de l'Evangile, c'est-à-dire de la bonne nouvelle, de la joyeuse nouvelle. Il n'est cependant pas difficile d'observer en ce commencement une certaine peine du cœur, rejoignant une sorte de "nuit de la foi" - pour reprendre l'expression de saint Jean de la Croix-, comme un «voile» à travers lequel il faut approcher l'Invisible et vivre dans l'intimité du mystère. »
(Jean Paul II, Redemptoris Mater n° 17)

Pour les croyants que nous sommes, la « nuit obscure » pourrait désigner les expériences purificatrices occasionnées par des souffrances physiques, morales ou spirituelles, la conscience douloureuse du péché, l'apparente absence de Dieu dans une situation donnée. Vécues dans la prière, de telles expériences affinent la conscience morale, détachent l'esprit de l'éphémère, de l'illusoire, de ce qui trop humain, trop étroit, et... attachent le cœur à l'unique Dieu, y allument un feu d'amour, de zèle, éclairant les choses tout autrement...
Françoise Breynaert

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